Marie-Antoinette (French Edition)
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Dieu soit loué
est fort irrité
sachant fort bien
Nây mĂšne-t-on point
car « trop dâempressement gĂąterait
De cette façon les dehors sont saufs
car nous mangeons fort vite tous deux.
Dâaccord avec ses principes Ă©picuriens,
lâĂ©duquer quâelle rĂ©ussit Ă se soustraire
les femmes laides et par conséquent vertueuses,
Il y a bien du monde aujourdâhui Ă Versailles ».
lâimpuissance du roi est le secret de polichinelle.
heures et demie de lâaprĂšs-midi, le cierge sâĂ©teint.
Câest dans le malheur quâon sent davantage ce quâon est
Le doux poison de la flatterie circule, brûlant, dans ses veines.
Or, la vĂ©ritĂ© et la politique habitent rarement sous le mĂȘme toit,
presque tous les événements mondiaux sont le reflet de conflits intimes.
il courtise Voltaire quâen pieuse catholique elle hait comme lâantĂ©christ
un mauvais serviteur de Vénus est heureux de se donner des airs de Vulcain.
aucune muse, aucun dieu, mĂȘme Ăros, ne peut mettre en branle ses sens paresseux.
Versailles est construit pour prouver Ă la France que le roi est tout et le peuple rien.
bientÎt des murmures et des bruits se répandent sur les penchants saphiques de la reine.
Seulement on ferait bien de ne pas mĂȘler lâamour â ce grand mot sacrĂ© â Ă cette affaire.
nâen dĂ©plaise Ă Son Altesse le Dauphin, mais vous voyez ici deux cent mille hommes Ă©pris de vous.
Dâailleurs une archiduchesse a-t-elle besoin dâĂȘtre heureuse, ne suffit-il pas quâelle devienne reine
DeuxiĂšme souci du matin : la coiffure. Heureusement, lĂ aussi, on possĂšde un grand artiste, M. LĂ©onard, lâinĂ©puisable et insurpassable Figaro du rococo
elle la jette du luxe dans lâindigence ; dâune femme jouissant de la faveur gĂ©nĂ©rale et partout acclamĂ©e, elle fait un objet de haine sur qui sâabat la calomnie
Lâart nâa jamais Ă©tĂ© pour elle quâun ornement de la vie, un divertissement parmi tant dâautres ; elle ne connaĂźt que la jouissance artistique facile, donc fausse.
un roi trĂšs chrĂ©tien sâest fait prĂ©senter officiellement Ă la cour, comme Ă©tant une dame noble de lui inconnue, sa propre favorite bien connue de tous comme telle.
Quand elle est debout, Ă©crit, grisĂ©, Horace Walpole, lâAnglais dâordinaire si froid, câest la statue de la Beauté ; quand elle se meut, câest la GrĂące en personne.
bibliothĂšque en miniature (lucus a non lucendo, car selon les tĂ©moignages unanimes Marie-Antoinette, durant toute sa vie, nâa jamais ouvert un livre, Ă part quelques romans feuilletĂ©s Ă la hĂąte).
Plus dangereuse que la gĂ©nĂ©ration dâhier et dâavant-hier, qui, nâayant plus la force de mordre, ne peut que baver de rage, se dresse la gĂ©nĂ©ration nouvelle, qui nâa encore jamais goĂ»tĂ© au pouvoir et qui nâentend pas rester dans lâobscuritĂ©.
Mais tout en croyant, dans sa candeur, narguer la cour et se rendre populaire à Paris par ses folies, elle passe en réalité dans son luxueux carrosse à ressorts, pendant vingt années, devant le vrai peuple et le vrai Paris, sans jamais les voir.
Mais Marie-Antoinette a amenĂ© toute la cour Ă la reprĂ©sentation ; et son Ă©poux lui-mĂȘme, qui ne sacrifierait pas sa partie de chasse Ă la musique des sphĂšres, et Ă qui un cerf abattu importe plus que les neuf muses, est cette fois obligĂ© dâĂȘtre de la partie.
Svelte, dĂ©licate, charmante, aimable, enjouĂ©e et coquette, cette jeune femme de dix-neuf ans est, dĂšs la premiĂšre heure, la dĂ©esse du rococo, le prototype de la mode et du goĂ»t ; quand une femmes veut passer pour belle et attrayante, elle sâefforce de lui ressembler.
Pour que sa comprĂ©hension soit plus profonde, il manque Ă Marie-Antoinette, qui ne lit jamais un livre jusquâau bout et sâentend Ă Ă©viter toute conversation sĂ©rieuse, les conditions indispensables du vrai discernement : la gravitĂ©, la ferveur, la volontĂ© et la rĂ©flexion.
lâimpuissance dâAlexandre de Serbie, son assujettissement sexuel Ă la reine Draga Maschin, son initiatrice, leur assassinat, lâavĂšnement des Karageorgevitch, la brouille avec lâAutriche et la guerre mondiale sont Ă©galement des faits qui sâenchaĂźnent avec une logique inexorable.
Et Marie-Antoinette, intĂ©rieurement, nâen a vraiment estimĂ© aucun. Ă plusieurs de ces gentilshommes la jeune coquette a permis plus de familiaritĂ© que nâen autorisait son rang royal, mais Ă nul dâeux, et câest un point capital, elle ne sâest donnĂ©e, ni moralement ni physiquement.
En somme Louis XVI est le type de lâhomme de moyenne intelligence, peu fait pour lâindĂ©pendance, et que sa nature destine Ă un poste dâemployĂ© de bureau ou de fonctionnaire des douanes, Ă un travail purement mĂ©canique et subalterne en marge des Ă©vĂ©nements, Ă nâimporte quoi, sauf au trĂŽne.
Mais en gĂ©nĂ©ral il lit et Ă©crit plus volontiers quâil ne parle, car les livres sont discrets et ne le pressent pas ; Louis XVI (on ne le croirait pas) lit beaucoup et avec plaisir, il connaĂźt bien lâHistoire et la gĂ©ographie, et, aidĂ© par une excellente mĂ©moire, il ne cesse dâĂ©tendre ses notions de latin et dâanglais.
Mes goĂ»ts ne sont pas les mĂȘmes que ceux du Roi, dit-elle en babillant dans une lettre, il nâa que ceux de la chasse et des ouvrages mĂ©caniques. Vous conviendrez que jâaurais assez mauvaise grĂące auprĂšs dâune forge ; je nây serais pas Vulcain, et le rĂŽle de VĂ©nus pourrait lui dĂ©plaire beaucoup plus que mes goĂ»ts quâil ne dĂ©sapprouve pas. »
Mais ces neuf mots banaux ont un sens plus profond. Ils ont scellĂ© un grave crime politique ; ils ont achetĂ© le consentement tacite de la France au partage de la Pologne. GrĂące Ă ces neuf mots, non seulement la du Barry, mais encore FrĂ©dĂ©ric II et Catherine ont affirmĂ© leur volontĂ©. Ce nâest pas Marie-Antoinette seule qui a Ă©tĂ© humiliĂ©e, câest tout un pays.
Que peuvent ces paroles contre de tendres et douces causeries bras-dessus bras-dessous, que peut la raison contre les combinaisons et la ruse quotidienne ! La Polignac et sa coterie ont la clef magique du cĆur de la reine, parce quâils lâamusent, parce quâils combattent son ennui ; aussi au bout de quelques annĂ©es Marie-Antoinette est-elle complĂštement asservie Ă cette bande de froids calculateurs.
Les uns disent que le frein comprime tellement le prĂ©puce quâil ne se relĂąche pas au moment de lâintroduction et lui cause une douleur vive qui oblige Sa MajestĂ© Ă modĂ©rer lâimpulsion nĂ©cessaire pour lâaccomplissement de lâacte. Dâautres supposent que ledit prĂ©puce est si adhĂ©rent quâil ne peut se relĂącher assez pour permettre la sortie de lâextrĂ©mitĂ© pĂ©nienne ce qui empĂȘche lâĂ©rection complĂšte de se produire. (Rapport secret de lâambassadeur dâEspagne.) »
parce quâelle voulut ĂȘtre trop seule dans son bonheur, elle sera solitaire dans son malheur et devra payer ce jouet frivole de sa couronne et de sa vie. CHAPITRE X LA NOUVELLE SOCIĂTĂ Ă peine Marie-Antoinette sâest-elle installĂ©e dans sa joyeuse maison que lâon commence dĂ©jĂ Ă manĆuvrer Ă©nergiquement le balai. Tout dâabord, au diable les vieux ! Ils sont ennuyeux et laids, ne savent ni danser ni vous amuser, et prĂȘchent toujours la prudence et la rĂ©flexion ; de ces Ă©ternels recommandations et conseils de modĂ©ration, la jeune femme, pleine de vie, a Ă©tĂ© saturĂ©e au temps oĂč elle Ă©tait dauphine.
Câest pourquoi elle nâaime ni les livres, ni les affaires dâĂtat, ni tout ce qui est sĂ©rieux et exige de la persĂ©vĂ©rance et de lâattention ; câest aussi Ă contre-cĆur, avec une impatience qui se traduit dans ses griffonnages, quâelle Ă©crit les lettres les plus indispensables, et mĂȘme dans celles Ă sa mĂšre on remarque nettement son dĂ©sir dâen ĂȘtre vite dĂ©barrassĂ©e. Elle entend surtout ne pas compliquer sa vie, ni sâoccuper de choses qui pourraient lâennuyer, lâattrister, la rendre mĂ©lancolique ! Celui qui flatte le plus cette paresse de la pensĂ©e passe Ă ses yeux pour le plus intelligent des hommes, celui qui exige dâelle un effort pour un pĂ©dant et un importun ; dâun bond, elle quitte les conseillers raisonnables pour rejoindre ceux et celles qui pensent comme elle. Jouir, jouir seulement, ne pas se laisser troubler par toutes sortes de rĂ©flexions, de questions de calcul et dâĂ©conomies,
Comment, avec un cĆur puĂ©ril, une force bien ordinaire, se dĂ©fendre contre le vin grisant et Ă©tourdissant du bonheur, contre le mĂ©lange capiteux de toutes les essences piquantes et suaves du sentiment, contre lâadulation des hommes, la jalousie admirative des femmes, lâamour du peuple, son propre orgueil ? Comment ne pas ĂȘtre insouciante quand tout est si facile, quand il suffit dâun bout de papier pour faire affluer lâargent et que le mot « payez », tracĂ© hĂątivement sur une feuille, fait surgir comme par enchantement des milliers de ducats, des pierres prĂ©cieuses, des jardins et des chĂąteaux, quand la brise lĂ©gĂšre du bonheur permet aux nerfs de se dĂ©tendre dâune façon si douce et si agrĂ©able ? Comment ne pas ĂȘtre Ă©tourdie et futile quand des ailes, tombĂ©es du ciel, sâattachent Ă vos jeunes Ă©paules Ă©blouissantes ? Comment ne pas perdre pied quand on est la proie de pareilles tentations ?
Marie-Antoinette et Louis XVI sont vraiment Ă tous les points de vue un modĂšle dâantithĂšse. Il est lourd, elle est lĂ©gĂšre, il est maladroit, elle est souple, il est terne, elle est pĂ©tillante, il est apathique, elle est enthousiaste. Et dans le domaine moral : il est indĂ©cis, elle est spontanĂ©e, il pĂšse lentement ses rĂ©ponses, elle lance un « oui » ou un « non » rapide, il est dâune piĂ©tĂ© rigide, elle est Ă©perdument mondaine, il est humble et modeste, elle est coquette et orgueilleuse, il est mĂ©thodique, elle est inconstante, il est Ă©conome, elle est dissipatrice, il est trop sĂ©rieux, elle est infiniment enjouĂ©e, il est calme et profond comme un courant sous-marin elle est toute Ă©cume et surface miroitante. Câest dans la solitude quâil se sent le mieux, elle ne vit quâau milieu dâune sociĂ©tĂ© bruyante. Il aime manger abondamment et longtemps, avec une sorte de contentement animal, et boire des vins lourds ; elle ne touche jamais au vin, mange peu et vite. Son Ă©lĂ©ment Ă lui est le sommeil, son Ă©lĂ©ment Ă elle la danse, son monde Ă lui, le jour, son monde Ă elle, la nuit ; ainsi les aiguilles au cadran de leur vie sâopposent constamment comme la lune et le soleil.
LĂ les grands maĂźtres de cĂ©rĂ©monies de Versailles et de SchĆnbrunn ont jouĂ© leur principal atout ; aprĂšs des pourparlers sans fin pour savoir si la remise solennelle de la mariĂ©e devait sâaccomplir en pays autrichien ou en pays français, un malin parmi eux a trouvĂ© une solution digne de Salomon : on construira un pavillon spĂ©cial en bois sur un des petits Ăźlots inhabitĂ©s du Rhin, entre la France et lâAllemagne, donc une sorte de « no manâs land » ; ce sera lĂ une merveille de neutralité ; deux piĂšces du cĂŽtĂ© de la rive droite du Rhin, oĂč Marie-Antoinette entrera en archiduchesse, deux piĂšces du cĂŽtĂ© de la rive gauche, dâoĂč elle sortira aprĂšs la cĂ©rĂ©monie en dauphine de France, et au milieu la grande salle de la remise solennelle, oĂč lâarchiduchesse deviendra dĂ©finitivement lâhĂ©ritiĂšre du trĂŽne. Des tapisseries prĂ©cieuses du palais Ă©piscopal couvrent les cloisons Ă©levĂ©es Ă la hĂąte, lâuniversitĂ© de Strasbourg prĂȘte un baldaquin, la riche bourgeoisie de la ville son plus beau mobilier. Ce sanctuaire dâune splendeur princiĂšre est naturellement fermĂ© aux yeux des profanes, mais ici comme partout quelques piĂšces dâargent rendent les gardiens complaisants ; câest ainsi que quelques jours avant lâarrivĂ©e de Marie-Antoinette plusieurs jeunes Ă©tudiants allemands se glissent dans lâĂ©difice Ă moitiĂ© achevĂ© pour satisfaire leur curiositĂ©. Lâun dâeux surtout, Ă la taille Ă©lancĂ©e, au regard clair et ardent, le nimbe du gĂ©nie couronnant son front viril, ne peut pas se rassasier de la beautĂ© des Gobelins tissĂ©s dâaprĂšs les cartons de RaphaĂ«l ; ils Ă©veillent chez le jeune homme, Ă qui la cathĂ©drale de Strasbourg vient justement de rĂ©vĂ©ler lâart gothique, le dĂ©sir ardent de comprendre avec le mĂȘme amour lâart classique. EnthousiasmĂ©, il explique Ă ses camarades moins Ă©loquents ce monde de beautĂ©, soudain dĂ©couvert, des maĂźtres italiens ; mais tout Ă coup il sâarrĂȘte, se sent mal Ă lâaise, ses sourcils foncĂ©s et Ă©pais se froncent, presque avec colĂšre, au-dessus du regard encore enflammĂ©. Car Ă lâinstant seulement il vient de se rendre compte de ce que reprĂ©sentent ces tapisseries : câest, en effet, une lĂ©gende convenant aussi peu que possible Ă une noce : lâhistoire de Jason, MĂ©dĂ©e et CrĂ©ĂŒse, lâexemple le plus frappant dâun hymen fatal. « Quoi ! sâexclame Ă haute voix le gĂ©nial adolescent, sans prĂȘter attention Ă lâĂ©tonnement des assistants, est-il permis de mettre aussi imprudemment sous les yeux dâune jeune reine, dĂšs le premier jour, lâexemple du mariage le plus atroce qui fĂ»t jamais consommé ? Nây a-t-il donc point parmi les architectes, dĂ©corateurs et tapissiers français, un seul homme qui comprenne que les images ont une signification, quâelles agissent sur les sens et lâesprit, quâelles laissent des impressions, quâelles Ă©veillent des pressentiments ? Ne dirait-on pas que lâon a voulu envoyer au-devant de cette belle dame, que lâon dit ĂȘtre attachĂ©e Ă la vie, le plus hideux des spectres ? » Les amis du bouillant jeune homme rĂ©ussissent avec peine Ă le calmer, et il leur faut presque employer la force pour entraĂźner GĆthe â car cet Ă©tudiant nâest autre que GĆthe â hors de la bĂątisse en bois. « Lâimmense flot de magnificence » du cortĂšge nuptial sâapproche, bientĂŽt il inondera dâallĂ©gresse et de joyeuses paroles la salle dĂ©corĂ©e, sans que personne ne soupçonne que quelques heures auparavant le regard pĂ©nĂ©trant dâun poĂšte a discernĂ© dans ce tissu multicolore le fil noir de la fatalitĂ©.