Marie-Antoinette (French Edition) - Guido Percu's Notes
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Marie-Antoinette (French Edition)

📅 May 21, 2026 📁 books đŸŒ±

Marie-Antoinette (French Edition)

Kindle Highlights

Dieu soit loué

est fort irrité

sachant fort bien

N’y mùne-t-on point

car « trop d’empressement gĂąterait

De cette façon les dehors sont saufs

car nous mangeons fort vite tous deux.

D’accord avec ses principes Ă©picuriens,

l’éduquer qu’elle rĂ©ussit Ă  se soustraire

les femmes laides et par conséquent vertueuses,

Il y a bien du monde aujourd’hui Ă  Versailles ».

l’impuissance du roi est le secret de polichinelle.

heures et demie de l’aprĂšs-midi, le cierge s’éteint.

C’est dans le malheur qu’on sent davantage ce qu’on est

Le doux poison de la flatterie circule, brûlant, dans ses veines.

Or, la vĂ©ritĂ© et la politique habitent rarement sous le mĂȘme toit,

presque tous les événements mondiaux sont le reflet de conflits intimes.

il courtise Voltaire qu’en pieuse catholique elle hait comme l’antĂ©christ

un mauvais serviteur de Vénus est heureux de se donner des airs de Vulcain.

aucune muse, aucun dieu, mĂȘme Éros, ne peut mettre en branle ses sens paresseux.

Versailles est construit pour prouver Ă  la France que le roi est tout et le peuple rien.

bientÎt des murmures et des bruits se répandent sur les penchants saphiques de la reine.

Seulement on ferait bien de ne pas mĂȘler l’amour – ce grand mot sacrĂ© – Ă  cette affaire.

n’en dĂ©plaise Ă  Son Altesse le Dauphin, mais vous voyez ici deux cent mille hommes Ă©pris de vous.

D’ailleurs une archiduchesse a-t-elle besoin d’ĂȘtre heureuse, ne suffit-il pas qu’elle devienne reine

DeuxiĂšme souci du matin : la coiffure. Heureusement, lĂ  aussi, on possĂšde un grand artiste, M. LĂ©onard, l’inĂ©puisable et insurpassable Figaro du rococo

elle la jette du luxe dans l’indigence ; d’une femme jouissant de la faveur gĂ©nĂ©rale et partout acclamĂ©e, elle fait un objet de haine sur qui s’abat la calomnie

L’art n’a jamais Ă©tĂ© pour elle qu’un ornement de la vie, un divertissement parmi tant d’autres ; elle ne connaĂźt que la jouissance artistique facile, donc fausse.

un roi trĂšs chrĂ©tien s’est fait prĂ©senter officiellement Ă  la cour, comme Ă©tant une dame noble de lui inconnue, sa propre favorite bien connue de tous comme telle.

Quand elle est debout, Ă©crit, grisĂ©, Horace Walpole, l’Anglais d’ordinaire si froid, c’est la statue de la Beauté ; quand elle se meut, c’est la GrĂące en personne.

bibliothĂšque en miniature (lucus a non lucendo, car selon les tĂ©moignages unanimes Marie-Antoinette, durant toute sa vie, n’a jamais ouvert un livre, Ă  part quelques romans feuilletĂ©s Ă  la hĂąte).

Plus dangereuse que la gĂ©nĂ©ration d’hier et d’avant-hier, qui, n’ayant plus la force de mordre, ne peut que baver de rage, se dresse la gĂ©nĂ©ration nouvelle, qui n’a encore jamais goĂ»tĂ© au pouvoir et qui n’entend pas rester dans l’obscuritĂ©.

Mais tout en croyant, dans sa candeur, narguer la cour et se rendre populaire à Paris par ses folies, elle passe en réalité dans son luxueux carrosse à ressorts, pendant vingt années, devant le vrai peuple et le vrai Paris, sans jamais les voir.

Mais Marie-Antoinette a amenĂ© toute la cour Ă  la reprĂ©sentation ; et son Ă©poux lui-mĂȘme, qui ne sacrifierait pas sa partie de chasse Ă  la musique des sphĂšres, et Ă  qui un cerf abattu importe plus que les neuf muses, est cette fois obligĂ© d’ĂȘtre de la partie.

Svelte, dĂ©licate, charmante, aimable, enjouĂ©e et coquette, cette jeune femme de dix-neuf ans est, dĂšs la premiĂšre heure, la dĂ©esse du rococo, le prototype de la mode et du goĂ»t ; quand une femmes veut passer pour belle et attrayante, elle s’efforce de lui ressembler.

Pour que sa comprĂ©hension soit plus profonde, il manque Ă  Marie-Antoinette, qui ne lit jamais un livre jusqu’au bout et s’entend Ă  Ă©viter toute conversation sĂ©rieuse, les conditions indispensables du vrai discernement : la gravitĂ©, la ferveur, la volontĂ© et la rĂ©flexion.

l’impuissance d’Alexandre de Serbie, son assujettissement sexuel Ă  la reine Draga Maschin, son initiatrice, leur assassinat, l’avĂšnement des Karageorgevitch, la brouille avec l’Autriche et la guerre mondiale sont Ă©galement des faits qui s’enchaĂźnent avec une logique inexorable.

Et Marie-Antoinette, intĂ©rieurement, n’en a vraiment estimĂ© aucun. À plusieurs de ces gentilshommes la jeune coquette a permis plus de familiaritĂ© que n’en autorisait son rang royal, mais Ă  nul d’eux, et c’est un point capital, elle ne s’est donnĂ©e, ni moralement ni physiquement.

En somme Louis XVI est le type de l’homme de moyenne intelligence, peu fait pour l’indĂ©pendance, et que sa nature destine Ă  un poste d’employĂ© de bureau ou de fonctionnaire des douanes, Ă  un travail purement mĂ©canique et subalterne en marge des Ă©vĂ©nements, Ă  n’importe quoi, sauf au trĂŽne.

Mais en gĂ©nĂ©ral il lit et Ă©crit plus volontiers qu’il ne parle, car les livres sont discrets et ne le pressent pas ; Louis XVI (on ne le croirait pas) lit beaucoup et avec plaisir, il connaĂźt bien l’Histoire et la gĂ©ographie, et, aidĂ© par une excellente mĂ©moire, il ne cesse d’étendre ses notions de latin et d’anglais.

Mes goĂ»ts ne sont pas les mĂȘmes que ceux du Roi, dit-elle en babillant dans une lettre, il n’a que ceux de la chasse et des ouvrages mĂ©caniques. Vous conviendrez que j’aurais assez mauvaise grĂące auprĂšs d’une forge ; je n’y serais pas Vulcain, et le rĂŽle de VĂ©nus pourrait lui dĂ©plaire beaucoup plus que mes goĂ»ts qu’il ne dĂ©sapprouve pas. »

Mais ces neuf mots banaux ont un sens plus profond. Ils ont scellĂ© un grave crime politique ; ils ont achetĂ© le consentement tacite de la France au partage de la Pologne. GrĂące Ă  ces neuf mots, non seulement la du Barry, mais encore FrĂ©dĂ©ric II et Catherine ont affirmĂ© leur volontĂ©. Ce n’est pas Marie-Antoinette seule qui a Ă©tĂ© humiliĂ©e, c’est tout un pays.

Que peuvent ces paroles contre de tendres et douces causeries bras-dessus bras-dessous, que peut la raison contre les combinaisons et la ruse quotidienne ! La Polignac et sa coterie ont la clef magique du cƓur de la reine, parce qu’ils l’amusent, parce qu’ils combattent son ennui ; aussi au bout de quelques annĂ©es Marie-Antoinette est-elle complĂštement asservie Ă  cette bande de froids calculateurs.

Les uns disent que le frein comprime tellement le prĂ©puce qu’il ne se relĂąche pas au moment de l’introduction et lui cause une douleur vive qui oblige Sa MajestĂ© Ă  modĂ©rer l’impulsion nĂ©cessaire pour l’accomplissement de l’acte. D’autres supposent que ledit prĂ©puce est si adhĂ©rent qu’il ne peut se relĂącher assez pour permettre la sortie de l’extrĂ©mitĂ© pĂ©nienne ce qui empĂȘche l’érection complĂšte de se produire. (Rapport secret de l’ambassadeur d’Espagne.) »

parce qu’elle voulut ĂȘtre trop seule dans son bonheur, elle sera solitaire dans son malheur et devra payer ce jouet frivole de sa couronne et de sa vie. CHAPITRE X LA NOUVELLE SOCIÉTÉ À peine Marie-Antoinette s’est-elle installĂ©e dans sa joyeuse maison que l’on commence dĂ©jĂ  Ă  manƓuvrer Ă©nergiquement le balai. Tout d’abord, au diable les vieux ! Ils sont ennuyeux et laids, ne savent ni danser ni vous amuser, et prĂȘchent toujours la prudence et la rĂ©flexion ; de ces Ă©ternels recommandations et conseils de modĂ©ration, la jeune femme, pleine de vie, a Ă©tĂ© saturĂ©e au temps oĂč elle Ă©tait dauphine.

C’est pourquoi elle n’aime ni les livres, ni les affaires d’État, ni tout ce qui est sĂ©rieux et exige de la persĂ©vĂ©rance et de l’attention ; c’est aussi Ă  contre-cƓur, avec une impatience qui se traduit dans ses griffonnages, qu’elle Ă©crit les lettres les plus indispensables, et mĂȘme dans celles Ă  sa mĂšre on remarque nettement son dĂ©sir d’en ĂȘtre vite dĂ©barrassĂ©e. Elle entend surtout ne pas compliquer sa vie, ni s’occuper de choses qui pourraient l’ennuyer, l’attrister, la rendre mĂ©lancolique ! Celui qui flatte le plus cette paresse de la pensĂ©e passe Ă  ses yeux pour le plus intelligent des hommes, celui qui exige d’elle un effort pour un pĂ©dant et un importun ; d’un bond, elle quitte les conseillers raisonnables pour rejoindre ceux et celles qui pensent comme elle. Jouir, jouir seulement, ne pas se laisser troubler par toutes sortes de rĂ©flexions, de questions de calcul et d’économies,

Comment, avec un cƓur puĂ©ril, une force bien ordinaire, se dĂ©fendre contre le vin grisant et Ă©tourdissant du bonheur, contre le mĂ©lange capiteux de toutes les essences piquantes et suaves du sentiment, contre l’adulation des hommes, la jalousie admirative des femmes, l’amour du peuple, son propre orgueil ? Comment ne pas ĂȘtre insouciante quand tout est si facile, quand il suffit d’un bout de papier pour faire affluer l’argent et que le mot « payez », tracĂ© hĂątivement sur une feuille, fait surgir comme par enchantement des milliers de ducats, des pierres prĂ©cieuses, des jardins et des chĂąteaux, quand la brise lĂ©gĂšre du bonheur permet aux nerfs de se dĂ©tendre d’une façon si douce et si agrĂ©able ? Comment ne pas ĂȘtre Ă©tourdie et futile quand des ailes, tombĂ©es du ciel, s’attachent Ă  vos jeunes Ă©paules Ă©blouissantes ? Comment ne pas perdre pied quand on est la proie de pareilles tentations ?

Marie-Antoinette et Louis XVI sont vraiment Ă  tous les points de vue un modĂšle d’antithĂšse. Il est lourd, elle est lĂ©gĂšre, il est maladroit, elle est souple, il est terne, elle est pĂ©tillante, il est apathique, elle est enthousiaste. Et dans le domaine moral : il est indĂ©cis, elle est spontanĂ©e, il pĂšse lentement ses rĂ©ponses, elle lance un « oui » ou un « non » rapide, il est d’une piĂ©tĂ© rigide, elle est Ă©perdument mondaine, il est humble et modeste, elle est coquette et orgueilleuse, il est mĂ©thodique, elle est inconstante, il est Ă©conome, elle est dissipatrice, il est trop sĂ©rieux, elle est infiniment enjouĂ©e, il est calme et profond comme un courant sous-marin elle est toute Ă©cume et surface miroitante. C’est dans la solitude qu’il se sent le mieux, elle ne vit qu’au milieu d’une sociĂ©tĂ© bruyante. Il aime manger abondamment et longtemps, avec une sorte de contentement animal, et boire des vins lourds ; elle ne touche jamais au vin, mange peu et vite. Son Ă©lĂ©ment Ă  lui est le sommeil, son Ă©lĂ©ment Ă  elle la danse, son monde Ă  lui, le jour, son monde Ă  elle, la nuit ; ainsi les aiguilles au cadran de leur vie s’opposent constamment comme la lune et le soleil.

LĂ  les grands maĂźtres de cĂ©rĂ©monies de Versailles et de SchƓnbrunn ont jouĂ© leur principal atout ; aprĂšs des pourparlers sans fin pour savoir si la remise solennelle de la mariĂ©e devait s’accomplir en pays autrichien ou en pays français, un malin parmi eux a trouvĂ© une solution digne de Salomon : on construira un pavillon spĂ©cial en bois sur un des petits Ăźlots inhabitĂ©s du Rhin, entre la France et l’Allemagne, donc une sorte de « no man’s land » ; ce sera lĂ  une merveille de neutralité ; deux piĂšces du cĂŽtĂ© de la rive droite du Rhin, oĂč Marie-Antoinette entrera en archiduchesse, deux piĂšces du cĂŽtĂ© de la rive gauche, d’oĂč elle sortira aprĂšs la cĂ©rĂ©monie en dauphine de France, et au milieu la grande salle de la remise solennelle, oĂč l’archiduchesse deviendra dĂ©finitivement l’hĂ©ritiĂšre du trĂŽne. Des tapisseries prĂ©cieuses du palais Ă©piscopal couvrent les cloisons Ă©levĂ©es Ă  la hĂąte, l’universitĂ© de Strasbourg prĂȘte un baldaquin, la riche bourgeoisie de la ville son plus beau mobilier. Ce sanctuaire d’une splendeur princiĂšre est naturellement fermĂ© aux yeux des profanes, mais ici comme partout quelques piĂšces d’argent rendent les gardiens complaisants ; c’est ainsi que quelques jours avant l’arrivĂ©e de Marie-Antoinette plusieurs jeunes Ă©tudiants allemands se glissent dans l’édifice Ă  moitiĂ© achevĂ© pour satisfaire leur curiositĂ©. L’un d’eux surtout, Ă  la taille Ă©lancĂ©e, au regard clair et ardent, le nimbe du gĂ©nie couronnant son front viril, ne peut pas se rassasier de la beautĂ© des Gobelins tissĂ©s d’aprĂšs les cartons de RaphaĂ«l ; ils Ă©veillent chez le jeune homme, Ă  qui la cathĂ©drale de Strasbourg vient justement de rĂ©vĂ©ler l’art gothique, le dĂ©sir ardent de comprendre avec le mĂȘme amour l’art classique. EnthousiasmĂ©, il explique Ă  ses camarades moins Ă©loquents ce monde de beautĂ©, soudain dĂ©couvert, des maĂźtres italiens ; mais tout Ă  coup il s’arrĂȘte, se sent mal Ă  l’aise, ses sourcils foncĂ©s et Ă©pais se froncent, presque avec colĂšre, au-dessus du regard encore enflammĂ©. Car Ă  l’instant seulement il vient de se rendre compte de ce que reprĂ©sentent ces tapisseries : c’est, en effet, une lĂ©gende convenant aussi peu que possible Ă  une noce : l’histoire de Jason, MĂ©dĂ©e et CrĂ©ĂŒse, l’exemple le plus frappant d’un hymen fatal. « Quoi ! s’exclame Ă  haute voix le gĂ©nial adolescent, sans prĂȘter attention Ă  l’étonnement des assistants, est-il permis de mettre aussi imprudemment sous les yeux d’une jeune reine, dĂšs le premier jour, l’exemple du mariage le plus atroce qui fĂ»t jamais consommé ? N’y a-t-il donc point parmi les architectes, dĂ©corateurs et tapissiers français, un seul homme qui comprenne que les images ont une signification, qu’elles agissent sur les sens et l’esprit, qu’elles laissent des impressions, qu’elles Ă©veillent des pressentiments ? Ne dirait-on pas que l’on a voulu envoyer au-devant de cette belle dame, que l’on dit ĂȘtre attachĂ©e Ă  la vie, le plus hideux des spectres ? » Les amis du bouillant jeune homme rĂ©ussissent avec peine Ă  le calmer, et il leur faut presque employer la force pour entraĂźner GƓthe – car cet Ă©tudiant n’est autre que GƓthe – hors de la bĂątisse en bois. « L’immense flot de magnificence » du cortĂšge nuptial s’approche, bientĂŽt il inondera d’allĂ©gresse et de joyeuses paroles la salle dĂ©corĂ©e, sans que personne ne soupçonne que quelques heures auparavant le regard pĂ©nĂ©trant d’un poĂšte a discernĂ© dans ce tissu multicolore le fil noir de la fatalitĂ©.