Les nouvelles routes de la soie: L’émergence d’un nouveau monde (French Edition)
Kindle Highlights
Ajoutons-y telle nouvelle recherche reliant les origines du yiddish aux échanges commerciaux en Asie et affirmant que son évolution résultait du souci de protéger la sécurité des transactions en inventant une langue qui ne serait compréhensible que de quelques élus.
À la fin du XIXe siècle, le géographe Ferdinand von Richthofen avait forgé un terme pour décrire le réseau d’échanges reliant la Chine des Han au monde extérieur. Il les avait appelés Die Seidenstrassen, ou Routes de la Soie, expression qui a séduit l’imagination des savants comme celle du grand public.
Nous autres Chinois, nous disons souvent que si l’on veut s’enrichir, on doit d’abord construire des routes, déclare Le Yucheng, vice-ministre des Affaires étrangères. Le sous-développement des infrastructures est l’une des principales raisons du retard de certaines parties du monde – c’est précisément l’une des choses auxquelles doit remédier ‘Une Ceinture, une Route’. »
La transformation de la Corée du Sud était déjà bien engagée. Souvenons-nous que dans les années soixante, ce pays était l’un des plus pauvres du monde, dépourvu de ressources naturelles et mal situé à l’extrémité orientale de l’Asie. Qu’il soit devenu une superpuissance économique dotée d’entreprises comme Samsung, Hyundai Motor et Hanwha Corporation – dont chacune dispose d’une capitalisation supérieure à 100 milliards de dollars – incite certains à le qualifier de « pays qui a le mieux réussi au monde.
Un exemple parfait de ce nouveau monde, souvent étrange, nous est donné par la vente de la plus grosse part de la firme exploitant le marbre de Carrare en Italie, jadis utilisé pour le Panthéon de Rome, le Duomo de Sienne, le Marble Arch de Londres et le Peace Monument installé au Capitole de Washington. Le principal actionnaire de cette entreprise est la famille ben Laden, ce qui veut dire que le marbre utilisé pour la Freedom Tower de New York provient de carrières aujourd’hui possédées par la famille de celui qui a supervisé la destruction des Tours jumelles qui se dressaient jadis sur ce même site.
Nous vivons déjà dans le siècle asiatique, époque où le déplacement du PIB mondial, des économies occidentales développées vers celles de l’Orient, se produit à une échelle et à une vitesse stupéfiantes. Certaines projections prévoient que vers 2050 le revenu par tête en Asie pourrait être multiplié par six en termes de parité de pouvoir d’achat, ce qui rendrait riches, selon les critères actuels, trois milliards d’Asiatiques supplémentaires. En doublant quasiment sa part dans le PIB mondial jusqu’à 52 %, comme l’a dit un rapport récent, « l’Asie retrouverait la position économique dominante qui était la sienne il y a quelque trois siècles, avant la révolution industrielle
Je voulais expliquer qu’en dépit du côté perturbant ou comique de la vie politique à l’époque du Brexit, de Trump ou des vicissitudes européennes, ce sont les pays des Routes de la Soie qui comptent vraiment au XXIe siècle. Je voulais montrer que les décisions qui comptent vraiment, dans notre monde, ne sont pas celles qui se prennent à Paris, Londres, Berlin ou Rome – comme il y a un siècle – mais à Beijing et Moscou, à Téhéran et Riyadh, à Delhi et Islamabad, à Kaboul et dans les zones d’Afghanistan contrôlées par les Talibans, à Ankara, Damas et Jérusalem. Je voulais rappeler au lecteur que le passé du monde a été modelé par ce qui se passe le long des Routes de la Soie. Et je voulais souligner qu’il en ira de même de son avenir.
L’intérêt constamment porté à la Maison Blanche, au Brexit et aux toutes dernières nouvelles du jour dans les couloirs familiers du pouvoir signifie qu’on s’intéresse peu à qui se passe ailleurs dans le monde. C’est particulièrement vrai des grandes évolutions aux conséquences régionales, voire transcontinentales. Ne suivre que les mêmes histoires et les mêmes personnalités empêche de voir l’ensemble du tableau. Les idées de l’isolement et de la fragmentation cultivées à l’Ouest s’opposent nettement à ce qui se produit le long des Routes de la Soie depuis 2015. Dans de vastes pans de la zone reliant Pacifique et Méditerranée, il s’est agi de renforcer, de tâcher de trouver des moyens d’améliorer la collaboration. La tendance a consisté à aplanir les différends et à construire des alliances. Les discussions ont tourné autour de solutions mutuellement profitables ouvrant la voie à une coopération et une collaboration à long terme.